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| LIBRE OPINION : CAMBODGE- THAÏLANDE: QUERELLES DIPLOMATIQUES PEU BANALES OU L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT. |
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L’accueil chaleureux au Cambodge récemment réservé à l’ancien PM thailandais en exil, Thaksin Shinawatra, bête noire de l’actuel PM Abhisith, et le refus de l’extrader vers la Thailande, ont soulevé beaucoup d’émotions à Bangkok. La tension monte et Bangkok rappelle son ambassadeur de Phnom Penh, suivi de près par cette dernière, sans arriver à la rupture diplomatique entre les deux capitales. Cette tension en est-elle la conséquence directe ou n’est-elle pas qu’un prolongement logique de l’occupation armée du territoire khmer autour du temple de Preah Vihear, objet de convoitise des « chemises jaunes » et leurs leaders politiques de Bangkok ?
Que s’est-il vraiment passé ? On se rappelle très bien que ce sont l’agression et l’occupation militaire du territoire khmer par les troupes de Bangkok le 15 juillet 2008, en réaction à l’inscription du temple khmer de PreahVihear sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO décidée le 7 juillet 2008 à Québec qui est à l’origine du conflit actuel. En effet, le gouvernement des « chemises jaunes » ayant contesté cette inscription, a envoyé ses soldats agresser et occuper jusqu’à ce jour les environs du temple khmer qu’il revendique à tort et à travers, au mépris de tous principes et pratiques du droit international. Mais ces revendications territoriales insensées ne sont pas le fruit du hasard et il faut remonter un peu en arrière pour voir comment l’histoire a été réécrite chez notre voisin. Les Cambodgiens n’ont pas oublié leur passé glorieux et le déclin de son ancien empire réduit à sa plus simple expression jusqu’à la période coloniale. Notre voisin a toujours su profiter des circonstances telles que la seconde guerre mondiale et la période post coloniale, surtout pendant les trois décennies de guerres et de tragédie nationale pour satisfaire son complexe de supériorité à nos dépens, avec plus ou moins de réussite. Nous n’avons pas non plus oublié l’hospitalité agissante, mais non sans arrières pensées, accordée aux anciens dirigeants khmers rouges chassés du pouvoir en janvier 1979, afin qu’ils puissent continuer de semer la terreur au pays khmer pendant encore une quinzaine d’années, et ce jusqu’à l’épuisement des ressources et des richesses naturelles situées dans les sanctuaires khmers rouges limitrophes de la Thailande. Il faut également comprendre pourquoi certaines chancelleries étrangères, ayant préféré regarder ailleurs comme au temps du génocide des Khmers rouges, n’ont pas hésité à mettre l’agresseur et l’agressé dans le même panier, ou pire encore, et avec une certaine « naïveté » étonnante, à affirmer que le Cambodge est fautif d’ingérence et de provocation ! Le Cambodge : otage des querelles internes de Bangkok. Il est de notoriété publique que les coups d’état sont monnaie courante à Bangkok, considérés au Cambodge et ailleurs comme lutte interne pour le pouvoir chez son voisin. Mais depuis le coup d’état militaire à Bangkok en 2006, le Cambodge se retrouve du jour au lendemain pris en otage par des querelles domestiques entre « chemises jaunes » et « chemises rouges » qui se rivalisent de plus grand nationalisme au détriment du Cambodge sur le temple khmer de Preah Vihear. C’était sur cette plateforme ultra nationaliste et par des manifestations de rue que « les chemises jaunes » sont arrivées au pouvoir en renversant le gouvernement élu des « chemises rouges ». Le dossier de Preah Vihear leur sert parfaitement de pièce maitresse pour légitimer auprès du peuple thai leur prise de pouvoir par des moyens non démocratiques. Mais pourquoi s’en prennent-ils au temple khmer de Preah Vihear, lequel la CIJ de La Haye avait, en 1962, par un Arrêt sans appel, reconfirmé l’appartenance au Cambodge? Une des explications sans doute se trouve dans l’émergence, chez notre voisin, d’un courant ultra nationaliste revanchard patiemment enseigné à une nouvelle génération gavée de fables selon lesquelles les célèbres temples d’Angkor et de Preah Vihear et presque la moitié du Cambodge actuel auraient appartenu à la Thailande et perdu au Cambodge par la perfidie du colonialisme français et par l’injustice de la Cours internationale de Justice de La Haye en juin 1962 ! La vraie histoire, connue de tout le monde, est bien l’inverse. Le Cambodge : victime des visées expansionnistes de son voisin. On se rappelle bien que les leaders des « chemises jaunes », dans un excès d’arrogance et de condescendance envers le peuple cambodgien et ses dirigeants, lui tenant des propos injurieux en public jusqu’alors entendus dans quelques milieux non cultivés, non officiels, ont promis de faire restituer à la Thailande les provinces cambodgiennes acquises, rappelons-le, à la faveur de la seconde guerre mondiale grâce à son alliance avec des fascistes japonais. Lorsque le Cambodge a accédé à l’indépendance de la France en 1953, le temple khmer de Preah Vihear a été de nouveau occupé par les forces armées thailandaises. Les visées expansionnistes de notre voisin ne datent donc pas d’hier et ne s’arrêteront pas demain. Ce n’est donc pas l’arrêt sans appel de la Cour Internationale de Justice de La Haye de 1962 sur Preah Vihear qui empêcherait ces « chemises jaunes » de réinventer l’histoire d’une grandeur qui n’existait pas encore lorsque Preah Vihear a été bâti par les rois khmers, et si possible, d’essayer de s’approprier ce fameux patrimoine archéologique et culturel khmer dont de nombreux vestiges font encore aujourd’hui partie du paysage archéologique de l’actuelle Thailande. L’enjeu chez notre voisin étant à la fois politique, culturel, social et économique, l’occupation militaire du temple khmer de Preah Vihear risque de se prolonger aussi longtemps que dure ce complexe de grandeur anachronique de l’équipe au pouvoir actuel chez notre voisin. Victime de ces visées à la fois berceuses et arrogantes, et d’un silence complexé d’une certaine partie de l’opinion publique internationale, le Cambodge n’est pas sans comprendre qu’il ne peut compter que sur lui-même pour faire entendre sa voix et faire valoir son droit à se défendre. Mais il n’est pas sans comprendre non plus que la saisine des instances internationales ou des organisations régionales ou internationales dont il est membre, n’est pas encouragée par certains gouvernements, car elle n’est pas voulue par les « chemises jaunes » qui n’y voient pas leur compte ! Le Cambodge et ses droits à se défendre. Depuis toujours, Phnom Penh a maintenu une bonne et correcte relation avec tous les gouvernements qui se sont succédés à Bangkok, sans soulever les questions de leur légitimité et ce malgré l’occupation militaire de son territoire par son voisin. Mais le gouvernement actuel de Bangkok, à maintes reprises, a montré qu’il est déterminé à remettre en cause tous les conventions et traités internationaux qui lient nos deux pays (traités franco-siamois de 1904 et 1907 sur les tracés des frontières communes, l’arrêt sans appel de la Cour Internationale de Justice de La Haye de 1962 sur Preah Vihear et la récente décision de l’UNESCO d’inscrire ce temple khmer sur la liste du patrimoine mondial). Les négociations bilatérales ne sont que des mises en scène médiatique pour prolonger l’occupation de facto du territoire cambodgien et ainsi provoquer des conflits frontaliers qu’ils rejettent ensuite la faute sur le Cambodge. Car, dans certains média et chancelleries étrangères proches de Bangkok, on oublie vite qui est l’agresseur, qui est l’agressé ! Entretenir le conflit frontalier avec le Cambodge sous bannière ultra nationaliste est devenu leur carte maitresse pour se maintenir au pouvoir et gagner de légitimité auprès de leur population à qui ils ont promis de restituer le temple khmer de Preah Vihear à la grandeur de la Thailande. Tolérer une telle aventure est un précédent très dangereux que le Cambodge doit se rendre à l’évidence et ne peut sous-estimer. Est-ce une provocation le fait de refuser de s’incliner devant les menaces et intimidations de son voisin belliqueux? Evidemment, ce dernier ne s’attendait pas à ce que le Cambodge puisse le remettre à sa place. Le Cambodge fait preuve de retenue devant les menaces thailandaises : Rien de plus normal du moment que le Cambodge estime qu’il est dans son droit et dans son devoir de ne pas extrader un fugitif politique comme il est stipulé dans le traité d’extradition. Bangkok a fait de même envers le Cambodge dans le passé. Mais blessé dans son orgueil, il rappelle son ambassadeur du Cambodge, suivi de près par Phnom Penh. En fait, le Cambodge aurait dû rappeler son ambassadeur de Bangkok dès l’instant de l’agression thailandaise sur Preah Vihear le 15 juillet 2008, origine du conflit actuel. Car le Cambodge a voulu éviter de se laisser entrainer dans une guerre de diversion voulue par son voisin et laisse la porte ouverte à des négociations à venir. C’était également une manière de sauver la face au nouveau Premier Ministre et à l’unité de façade de l’ASEAN dont il est le président tournant. Mais les leaders des « chemises jaunes » n’ont pas su apprécier les gestes d’apaisement du Cambodge et, sans se soucier de l’image de l’ASEAN, ils menacent de fermer nos frontières communes, tout en déclarant l’annulation unilatérale des MOU datés de 2000 sur les frontières terrestres et de 2001 sur les frontières maritimes conclus avec le gouvernement sous Thaksin. L’initiative vient toujours de Bangkok, en violation flagrante de la pratique et du droit international. On se rappelle encore que c’était notre voisin de Bangkok qui s’opposait à l’inscription du célèbre temple d’Angkor au patrimoine mondial de l’UNESCO. Après l’agression et l’occupation militaire thailandaises des environs du temple khmer de Preah Vihear depuis 2008, le Cambodge maintient toujours le dialogue avec son agresseur qui, en plus d’être un grand marchand de dupes, ne rougie pas lorsqu’il demanda à remplacer le nom khmer universellement connu de Preah Vihear par celui de Pra Viharn, le même nom khmer dès l’origine du temple, mais phonétiquement thailandais. Un détail insignifiant peut-être, mais très instructif sur l’ambition de « siamiser » le patrimoine culturel khmer. Faut-il laisser faire ? Quelle solution préconiser ? Est-il nécessaire de rappeler que le Cambodge a toujours fait preuve de patience, de beaucoup de retenue et de maturité politique en acceptant de négocier avec un voisin qui, à l’évidence, ne se gène pas à bafouer les règles fondamentales du droit international et, récemment, à s’en prendre à l’UNESCO pour une décision qui ne l’a pas plu. Mais ces négociations bilatérales avec ces « chemises jaunes » n’ont mené nulle part si ce n’est que pour occuper leur opinion publique et prolonger l’occupation de facto du territoire cambodgien, occupation qui rendra impossible les travaux de conservation et de restauration du temple de Preah Vihear par les experts de l’UNESCO. Ce serait un défi et un précédent dangereux pour la communauté internationale de le laisser faire. Par exemple, à l’heure où nous sommes, pouvons-nous accepter une carte unilatérale, tenue d’abord secrète, proposée à l’UNESCO par les « chemises jaunes » sur laquelle une nouvelle ligne frontière ait été tracée et par laquelle ils revendiquent une partie du territoire cambodgien qu’ils occupent jusqu’à aujourd’hui ? Cette carte unilatérale en dit long sur les ambitions territoriales des nouveaux maîtres de Bangkok pour se maintenir au pouvoir tout en marchant sur les pieds du Cambodge. Le Cambodge excédé, ne pouvant accepter le fait accompli, ne s’attend rien de l’équipe actuel au pouvoir à Bangkok. La seule solution qu’il préconise est le retour à la situation qui prévalait avant l’agression de son territoire du 15 juillet 2008, c’est-à-dire le retrait total et sans condition des troupes d’occupation étrangères au-delà des lignes frontières internationalement reconnues. La communauté internationale doit tenir compte de ces faits historiques et des besoins de faire respecter les règles fondamentales du droit international régissant les relations entre les nations civilisées, petites ou grandes. Source: ARC
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